30/06/2006

L’Ardéchoise 2006 : Le récit de la « La Montagne Ardéchoise »

 

L’Ardéchoise 2006 : « La Montagne Ardéchoise »

 

Par Alain Darville.

 

Pour voir les Photos : http://aurore-cyclo-ardechoises.skynetblogs.be/2006/photos-06

A la demande insistante et répétée de Charlie nous nous sommes inscrits à l’Ardéchoise (1) sans trop savoir ce que nous faisions. Nous, c’est André et Miguel (du Port de Bruxelles), Pietro, Charlie, Didier, Alain Delvaux, et moi-même.

L’Ardéchoise est une cyclo sportive ou cyclo touristique française qui va de 80 km à 580 km entre 1 et 3 jours, en parcourant la magnifique région qu’est l’Ardèche (2). Elle s’adresse aux cyclos sportifs qui sont chronométrés et aux cyclos touristes qui font un parcours mais sans tenir compte du temps. Cette année elle a eu lieu du jeudi 15/06 au samedi 17/06.

Sans que personne n’en soit étonné, Pietro voulait faire les 580km en trois jours (c’était le plus grand parcours), mais après une rapide concertation entre le reste de la bande, on s’est limité pour une première expérience à 420 km, 31 cols et 8000 mètres de dénivelé, toujours en trois jours et ce, au grand désespoir de Pietro. Le nom de ce parcours est « La Montagne Ardéchoise ».

 

 

Le mercredi nous arrivons à St félicien pour signaler notre présence aux organisateurs, chercher notre dossard, et déposer nos bagages. En effet nos sacs seront transportés par l’organisation de l’Ardéchoise dans les différents gîtes qui nous accueillerons à chaque étape. Ce qui permet de voyager léger. Le dossard doit  être mis sur le guidon du vélo et servira à retrouver nos photos sur Internet, photos qui seront prises en cours de route par des photographes professionnels.

Après une nuit passée dans un hôtel à Lamastre, nous prenons le départ à St Félicien. L’hôtel de Lamastre est caractérisé par un étrange chef coq qui me prenait mordicus pour un autre. Sans doute d’après son look, m’aurait-il rencontré dans une prison française, d’après Pietro.

La salle de bains de notre chambre avait aussi quelques problèmes de plomberie. L’eau venait tout d’un coup dans un bruit assez étourdissant en éclaboussant toute la salle de bain. Par contre la baignoire avait un problème de bouchon, qu’il fallait tenir d’un doigt pour évacuer l’eau. Pietro en a fait des cauchemars.

 

 

Le jeudi, nous sommes enfin partis pour faire 420 km dans la montagne ardéchoise (d’où le nom du parcours).

 

 

Le premier jour nous allons faire 140 km et 2450 mètres de dénivelé.

 Le premier col, la Col du Buisson, est une mise en jambe, il n’est pas trop difficile, mais permet déjà de voir qui est en forme, qui roule à l’économie et qui fait ce qu’il peut. Miguel se distingue avec son vieux vélo et ses chaussures de marches sur son porte bagages. C’est du plus bel effet parmi les vélos de courses high tech. André avec son maillot du Port de Bruxelles a aussi un certain succès.

 

A Lamastre, que nous avions quitté en voiture le matin et où nous sommes revenus à vélo, c’est le premier arrêt. Déjà chacun disparaît dans tous les sens pour acheter pour les uns de la crème solaire pour les autres un régime de bananes et des couques au beurre, etc… Je comprend vite que cette ardéchoise fait peur à beaucoup d’entres nous.

 Dans le col de Mézilhac qui fait 22 km de montée et 700 m de dénivelé, j’essaye de suivre Pietro qui à du 35 km/h dans le léger faux plat montant du début du col, entame la conversation avec un cyclo qui se demande ce qui lui arrive, jusqu’au moment où celui-ci rend grâce en prétextant attendre son copain. J’imite rapidement le cyclo et je fais la montée avec André à un bon petit rythme. Nous entrons maintenant vraiment dans la montagne.

Dans l’ascension c’est la séance de pose pour les photos pour lesquelles le dossard a été mis sur le vélo. Avec des gros plans de nos souffrances mais en essayant de garder le sourire.

Au sommet tout le monde s’attend et nous faisons la descente ensemble en s’arrêtant, comme il est midi, dans une petite auberge pour se refaire une santé.

Le reste du parcours se passe sans incident, ça monte, ça descend, la chaleur est là et les montées deviennent plus difficiles. Didier s’est réveillé, et change sa façon de rouler. Il attaque dans toutes les montées comme il en a l’habitude, sauf qu’ici les montées sont des cols, ce qui fait le bonheur de Pietro qui peut enfin riposter à quelqu’un. Ce qui fait le malheur des autres puisque de nouveau le groupe éclate dans tous les sens.

Le Col de la Croix de Millet qui arrive en fin de parcours, se fait en pleine chaleur sur une pente assez raide (8% maximum) et est vraiment très dur ce qui met fin aux velléités de Didier.

La première nuit se fait chez un particulier qui fait chambres d’hôtes.  Le particulier est une gentille dame d’une soixantaine d’année. Madame Danièle Manent et son chien inaugurent leurs chambres d’hôtes avec nous dans une magnifique maison datant du 17 ème siècle mais entièrement modernisés. C’est là que Pietro se rend compte qu’il n’a pas pris de chaussure de marche et doit se promener avec les mules de la dame. Avec un certain  succès.

Les lits sont pour deux personnes et pour ne pas devoir passer la nuit serrés les uns contre les autres, Pietro, dans un geste d’abnégation, dort par terre au pied de ce lit.

 

 

Le deuxième jour sera le plus dur des trois, 160 km et 3600 m de dénivelé. Mais c’est aussi le plus beau. Nous sommes vraiment dans la Montagne Ardéchoise. Nous passons tous les sommets entre 1200 et 1400 m avec une vue splendide sur les Alpes et les Cévennes. C’est aussi la région la moins peuplée de l’Ardèche.

 Le premier col, le Col de Loubaresse est une vraie gâterie pour démarrer. 17 km de montée et un dénivelé de 800 mètres. Les km d’hier font mal dans les jambes mais il faut y aller. C’est une montée superbe où l’on peut voir des cyclos en haut et en bas dans tous les lacets de la route. Le sommet franchi, la descente vers St Laurent les Bains est un vrai plaisir, elle se fait plein tube. Je peux m’amuser un peu et  tester enfin mon vélo à pleine vitesse en faisant des freinages dignes d’une moto de grand prix (j’exagère un peu) dans tous les virages serrés avec des dérapages plus ou moins contrôlés. Arrivé sain et sauf en bas, nous passons par St Laurent les Bains. C’est une station thermale située à 840 mètres d’altitude, bâtie dans un décor impressionnant, escarpé, plongeant sur la rivière Borne. Mais après la descente vient la montée longue de 6 km vers le Col de Notre Dame des Neiges qui est assez éprouvante.

C’est maintenant que commencent vraiment les pourcentages difficiles (+ de 10% max avec des moyennes de 8,5%).

 L’accès au village de Borne est difficile, la pente est rude, mais cela en vaut la peine. Borne est enclavé dans une vallée assez étroite, difficile d’accès et c’est aussi un des villages le moins peuplé d’Ardèche (moins de 30 habitants). Mais c’est sans doute le plus bel endroit que j’ai vu. C’est une vallée encaissée avec une vue sur la route en lacet qui descend  et qui remonte de façon abrupte. C’est aussi là que se trouve le reste d’un château insolite : La Tour de Borne a été construite par les seigneurs de Borne au XIIème siècle ; elle a abrité une cour royale de justice, dont le co-seigneur fut le Régent Philippe V. De cet important édifice, il ne reste aujourd'hui qu’une tour, en cours de restauration, accrochée à un rocher escarpé, au-dessus des gorges de la Borne.

Le Col de Meyrand à 1370 m d’altitude offre un panorama extraordinaire des Alpes aux Cévennes et le Col du Pendu avec 1435 mètres d’altitude est le plus haut des cols franchis pendant ces trois jours.

Dans la descente du Col de la Chavade nous mangeons dans un petit chalet de montagne où les exploitants sont un peu débordés par l’affluence mais où la serveuse est si gentille. En effet comme c’est une région assez désertique du point de vue population, tout le monde s’arrête au premier endroit où l’on peu manger.

Mais la journée n’est pas finie. Le Col de Gage est la dernière grosse difficulté de la journée avec une pente maximum à 10%. C’est difficile parce que cette montée vient après 20 km de descente et les muscles sont un peu raides. Cette descente ayant été faite en partie sur du goudron fondu ce qui donne une impression assez bizarre de rouler sur un tapis.

Nous faisons une pause au Lac d’Issarlès. Ce lac est situé à 1000 mètres d'altitude environ avec une profondeur de 138 mètres. C’est le cratère d'un ancien volcan qui s’est rempli d’eau.

La dernière curiosité de la journée est le Col du Gerbier de Jonc à 1416 mètres dont le Mont du même nom avec une altitude de 1551 mètres, est un cône de laves figées dont l’apparence est assez surprenante (3). L’érosion a enlevé les bords du volcan et n’a laissé que la cheminée de lave durcie.

Le soir arrive et il faut trouver le gîte pour la nuit. Il faut rejoindre le village Les Estables et comme ce n’est pas sur le chemin de l’Ardéchoise, il faut faire un détour de 5 km. Ce qui implique quelques errements et quelques montées supplémentaires. En descendant la longue ligne droite pour arriver au village je bas mon record de vitesse: 75 km/h. Naturellement cette descente il faudra la remonter le lendemain pour rejoindre le parcours, ce qui sera un peu moins rapide.

L’arrivée de l’étape dans le « chalet du Mezenc » à Les Estables se fait par une rampe de 20%. Mais comme beaucoup de monde regarde ceux qui arrivent, il n’est pas question de mettre un pied à terre.

Tout le monde est fatigué par les 160 km accomplis et c’est avec plaisir que nous arrivons dans ce chalet.

C’est un chalet de montagne pour sport d’hiver qui me rappelle les classes de neige de mes 12 ans mais la neige en moins. La chambre est assez spartiate et les lits sont superposés à quatre par chambre. Le souper est tellement copieux que je vais passer la nuit à le digérer ce qui est assez gênant pour dormir.

 

 

Après une nuit courte et agitée, on est repartit pour 135 km et 2150 mètres de déniveler. Ce sera la journée la plus facile des trois et aussi la plus amusante. Il pleut et la route est mouillée. Ce qui est embêtant pour les descentes qui deviennent glissantes. Mais heureusement ce sera vite sec et le soleil reprendra le dessus. Ce sera une rentrée assez spéciale puisque les 13000 participants, de tous les parcours se rejoignent sur la même route. Tous les villages traversés sont en fête. Chaque village adopte un thème particulier : L’antiquité grec, la conquête spatiale, le cirque, etc… Les gens sont très gentils et nous encouragent. Dans chaque village un ravitaillement plus que suffisant est prévu pour tous les cyclos.

Pour faire durer le plaisir et pour qu’on puisse profiter pleinement des paysages, Pietro et son vélo décident de crever 3 fois de suite : une fois dans la descente du col de la Scie, descente très dangereuse car elle était mouillée, sinueuse et très étroite, une fois dans l’ascension du Col de l’Ardéchoise longue de 12 km et une fois dans la descente du Col de Saint Martial.

Plus on se rapproche de St Félicien et plus il y a de cyclos sur la route. Cela devient une procession ininterrompue. Le Col de Clavière de 17 km de long avec 550 mètres de dénivelé n’est pas trop dur mais est le premier où tous les parcours se rejoignent. Et c’est aussi là qu’on se rend compte que malgré trois jours assez durs, 380 km parcourus, 28 cols franchis, et la fatigue qui s’accumule, on n’est pas si mauvais que ça car on dépasse une grande partie des autres cyclos.

Le dernier col est assez impressionnant. C’est le Col du Buisson avec une pente maximum de 15% et une route assez étroite. C’est aussi assez spécial, car il y a de tout sur la route. Des cyclos qui ne roulent sans doute que ce jour-là, et d’autres qui essayent de faire un chrono. Dans les montées, cela donne à droite ceux qui avancent à du 5 km/h, au milieu ceux, comme nous, qui essayent de se faufiler et à gauche, hurlant sans arrêt « A droite » les excités du chrono (il y a bien pire que nous dans le genre). En plus dans chaque virage un orchestre, une chorale, un musicien encouragent les participants de cette dernière montée.

La descente finale est jubilatoire, et se fait à fond la caisse jusqu’à St Félicien. L’arrivée à St Félicien se fait sous les encouragements de centaines de spectateurs. Finalement on est presque déçu d’être déjà arrivé et on aurait bien fait quelques km en plus.

A St Félicien, où il y a forcément beaucoup de monde, nous devons encore récupérer nos bagages et nous faufiler dans la foule pour chercher notre brevet de « la Montagne Ardéchoise », brevet gagné de dure lute.

 

Ensuite nous allons passer la nuit à Bourg-de-Péage tout près Romans-sur-Isère de l’autre côté du Rhône dans un hôtel surchauffé, mais avec une vue sur l’impressionnant Massif du Vercors. Et déjà l’envie de nouvelles ascensions nous reprend.

 

 

Tout le monde est fatigué mais comme c’était tellement bien, comme la région est si belle, on voudrait déjà être l’année prochaine pour recommencer et peut-être faire plus que 420 km, en espérant être encore plus nombreux du club à prendre le départ.

  

(1) Le site de l’Ardéchoise : http://www.ardechoise.com

(2) Pour les intéressés, un très bon site qui décrit entre autre la géographie et l’histoire de l’Ardèche : http://www.ardeche.pref.gouv.fr/departement/accueil.asp

(3) Un site sur le Mont du Gerbier de Jonc : http://www.lemontgerbierdejonc.com/

 

L’Ardéchoise 2006 : Les photos de « La Montagne Ardéchoise »

 

Le récit de l'aventure Ardéchoise se trouve : http://aurore-cyclo-ardechoises.skynetblogs.be/2006/recit-06

 

Mariac (vers col du Mézilhac)

Copie de 15-06 (003) Mariac (vers col du Mézilhac.jpg

Col du Mézilac (Le sommet). Miguël, Charly, Pietro, André, Alain et Dider.

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Col de la Croix de Millet. Alain et Charly  dans l'ascension.

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Col de Loubaresse. pietro en forme et au Sommet.

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Borne et sa Tour Moyenageuse.

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Col de Meyrand

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Le Lac d'Issarlès. André, Pietro et Didier.

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Saint Clément. C'est la fête. Didier et Charly, deux grand fêtares.

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Petite crevaison dans une des nombreuses ascensions.

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