30/06/2010

L'Ardéchoise 2010

 

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L'Ardéchoise 2010

 

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Dans l'ordre, Benoît Leclere, Benoît Leclere et Alain Joiret, Christian Piron et Alain Joiret.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette année, Aurore Cyclo a présenté une seule équipe au départ des 3 jours de l'Ardéchoise : le désormais traditionnel team folklorique composé de 3 coureurs liégeois, Christian Piron, Alain Joiret et Benoît Leclère. Pour Christian, ce sera la découverte d'un parcours montagneux avec ses rares routes plates, pour Alain et moi ce sera « bis repetita » ayant déjà randonné sur ce circuit de l'Ardèche.

Ceux qui pensent que refaire le même parcours ne permet pas de découvrir de nouveaux paysages se trompent. En effet, le parcours 2008 s'était fait sous un soleil tapant alors que l'édition 2010 s'est déroulée sous une pluie continue à partir du 2ème jour. L'Ardèche vue sous le soleil n'est pas la même vue sous la pluie. Foi de tendons qui en ont pris un coup de froid.

Sachant dans quoi nous nous aventurons, le team folklorique s'est mieux préparé à ce type d'aventures avec plusieurs parcours de plus de 100 km en début d'année mais à une allure permettant de découvrir le paysage et de « tailler une bavette » avec les locaux rencontrés (NB : expression liégeoise signifiant parler de la pluie et du beau temps avec des camarades). Au programme du début d'année notamment 130 km de Liège-Bastogne-Liège, le parcours Mons-Chimay-Mons ainsi que les boucles de la Semois.

A ce propos, les boucles ont failli m'empêcher de partir en Ardèche suite à un bris de roue peu après la magnifique côte au sortir de Bouillon. Dare-dare il a fallu trouver des nouvelles roues et les faire monter. Enfin, la mécanique est prête pour le départ.

Le temps de monter le porte-vélo (merci à Michel de la pédale), d'arrimer le vélo et d'embrasser femme et enfants au départ de Jette (merci à Monique pour m'avoir permis de quitter le lit conjugal pour partager celui de plusieurs hommes) et c'est le départ vers Aywaille. Pas question de grimper la Redoute cette fois-ci mais c'est là que je retrouve mes 2 camarades avec également leur femme et leur vélo. Que c'est beau !

Tous ceux qui ont déjà participé à de grandes aventures cyclistes connaissent cette saine excitation dans la voiture quand on croise d'autres voitures avec des vélos accrochés à l'arrière. Probablement ces gens vont aussi comme nous ils vont accomplir quelque chose de fort. Et pour cela, il est important de former une équipe soudée.

Nous arrivons « groupire » à notre gîte près de Condrieu, la région viticole produisant d'excellents vins blancs ainsi qu'en rouge les excellentes Côtes Rôties et Saint-Joseph.

Après une bonne partie de pétanques et un repas bien arrosé, nous rentrons au gîte où notre hôte nous offre une petite rincette (expression locale pour un pousse-café). Il est tellement agréable que Monique (l'hôte, pas ma charmante épouse), nous rempli un second verre. Pas à dire, l'équipe folklorique sait descendre.

Le lendemain, après une nuit à trois hommes dans une chambre (imaginez tout ce que vous voulez, ce fut encore pire) nous partons vers St Félicien, centre du monde cyclo pour quelques jours.

Surprise cette année, les organisateurs nous semblent bien stressés et c'est dans une pagaille indescriptible que nous devons prendre nos dossards et déposer nos bagages. J'en perds même mes papiers quand soudain j'entends que « Monsieur Leclère de Jette a jeté ses papiers par terre ». Le commentateur local hilare de son jeu de mots me rend mes documents de route tout en me demandant de chanter un petit morceau. Ce sera un moment d'anthologie pour eux avec un « petits oiseaux qui mangeaient du caca... » chanté avec vigueur et gestes à l'appui. Je pourrai faire une démonstration lors d'une prochaine sortie. Ambiance garantie.

Le temps est beau alors que la météo le matin était plus qu'humide. Se pose alors la question de l'habillement. Mes camarades optent pour la prudence avec le KWay d'hiver ; plus téméraire, je me contente des manchons Aurore Cyclo (magnifique invention par ailleurs) et du KWay léger de l'ardéchoise.

Oufti, les organisateurs nous poussent vers le départ et nous passons sous le portique électronique. Le parcours de 323 km et 5970 mètres de dénivelé avec ses 19 cols s'offre à nous.

Après 2 km de descente commence déjà la première escalade avec le col du Buisson. Les habitués se portent directement à l'avant pour mener un rythme de sénateur alors que Christian essaie de se maintenir dans les roues. Apparemment, il descend mieux la rincette qu'un col ardéchois.

Au sommet du col du Buisson, version light à l'aller, Christian s'arrête et admire le paysage quand Alain lui explique qu'il reste encore plus de 100  km à parcourir. En fait, il en reste 6 de plus avec un dénivelé de 350 mètres pour accéder à notre gîte. L'organisateur m'avait en effet proposé de loger un peu à l'écart mais dans un superbe endroit, ce qui fut effectivement le cas (http://www.leschampsdaubignas.com/index.htm) mais j'avais omis à mes camarades la montée. Peu sympa de ma part !


Le parcours de la première journée n'a pas changé par rapport à l'édition 2008 et nous continuons avec le col des Nonières. Dans la montée du col de Mézilhac, la pluie fait son apparition quand nous retrouvons une petite guinguette au bord de l'eau. C'est là que nous avions mangé il y a deux ans. Arrêt salutaire, bien à l'abri de la pluie pour goûter aux pâtes locales.

La descente de Mézilhac est longue (plus de 20 km) et le macadam est cette année excellent. Probablement suite au passage du Dauphiné Libéré la semaine avant ! Avec Alain, nous descendons à vive allure et je découvre avec bonheur qu'avec de bonnes roues le vélo est beaucoup plus stable. A propos de vélo, j'avais oublié de le mentionner mais Alain a cette fois un vrai vélo. Piétro (excusez Pedro comme Alain l'avait surnommé il y a deux ans) ne l'aurait pas reconnu !

Au bas de la descente, nous retrouvons Christian avec plus de ¼ heure de retard Je confirme : il préfère la rincette locale ! Mais voici déjà le redoutable col d'Aizac.

La journée se termine sous le soleil et nous arrivons enfin à note gîte d'étape. Près de 115 km à 17 de moyenne, le capitaine de route est satisfait.

Après une nuit de repos entrecoupée de ronflements, grognements et passages multiples aux toilettes, le jour se lève et nous découvrons un paysage splendide sous le soleil éclatant. La montée hors parcours de la veille valait bien le détour. Merci à l'organisateur !

Le départ sous le soleil matinal m'encourage à abandonner mon Kway dans le sac, erreur que je paierai cash en fin de journée.


Le parcours du 2ème jour est différent et nous traversons de magnifiques petits villages bien accueillants : Jaujac, Rocher, Chassiers (village médiéval) et Largentière et son très beau château. Sur le pont de cette dernière cité, nous sommes applaudis par des écoliers qui ont participé à la décoration du village. Moment émouvant qui donne du courage avant d'affronter les 3 kms de montée de ce que les locaux appellent le « petit Ventoux ». Rien à voir avec ce que Marc Keymeulen a fait récemment mais cela grimpe quand même raide. Là, nous perdons Christian que nous attendons au ravitaillement.

Erreur stratégique ! Nous déposons les vélos un peu loin de la route et nous allons « pisser » tous les deux quand Christian passe et ne nous voit pas. Nous l'attendons près de 45 minutes mais aucun cyclo n'a vu un belge en perdition ! Un motard nous confirme ce que nous pensions : il est passé depuis longtemps. Pas de chance, le réseau GSM est inaccessible et nous devons reprendre la route les jambes lourdes avec ¾ heure de retard alors qu'il reste plus de 90 km.

Sacré camarade. Oser imaginer qu'on aurait pu l'abandonner à son sort. L'ardéchoise plus que tout est une randonnée à visage humain où on part et on doit arriver ensemble. Comme chez Aurore cyclo J

Au programme de la journée le col de Meyrand (22 km de long et plus de 1000 mètre de dénivelé). En route, je manque de me faire attaquer par un rapace qui m'avait pris de loin pour une robette (en liégeois dans le texte un lapin ). Non mais !

Nous commençons l'escalade au sec mais dès le village de Loubaresse, le ciel nous tombe sur la tête. Par Toutatis, les dieux sont devenus fous. Sans Kway, je fais connaissance avec un autre type de rincette.

Passé Meyrand, nous pensons avoir fait le plus dur mais il nous reste encore les courts casse-pattes du Pendu (8% de dénivelé) et de Gage (passage à 10%). Arrivés au lac d'Issarles, le ravitaillement nous offre un thé chaud tout en nous annonçant que notre gîte se trouve hors parcours à plus de 15 km à plat, comme cela peut l'être en Ardèche.

Direction le gîte dans un patelin dénommé « Les Sauvages ». Les 15 km sont moins plats que prévus (en fait cela monte raide mais non répertorié, dommage pour les statistiques d'Alain Darville) et la pluie redouble. La température baisse et avoisine les ... 2 degrés. C'est quasi de la neige fondante ! Pas un chat sur la route, pas de trace de Christian. La nuit commence à tomber et nous avons fait plus de 130 km. Trempés, fatigués, « plein le cul de tout », nous arrivons au gîte et découvrons Christian ... qui se fâche car nous l'avons lâché. Enfin, le trio de belges est reconstitué, une fois.

Dans le gîte nous découvrons les hôtes dont Paul, patron fermier de son état. Si vous connaissez Julos Baucarne, c'état lui. Un grand moment d'authenticité au fin fond de la France. Avec l'accent local en plus.

Plusieurs Français logent avec nous dont un petit parisien moustachu. Alain très vite le surnomme Astérix, au grand bonheur du patron qu décrète que les Belges y vont forts. La surprise du chef viendra avec le plat principal, du sanglier avec des lentilles, partagé avec notre Astérix parisien. La patron hilare n'en revient pas. Il peut s'offrir la tête d'un titi Parisien, lui le fermier de la France profonde.

Crevés, nous expliquons aux Français que le lendemain nous utiliserons notre Joker pour retrouver le parcours officiel 15 km plus loin. En fait, nous avons « travaillé » le patron afin qu'il nous embarque le matin dans sa fourgonnette, ce qu'il fait volontiers pour les petits belges. Mais, surprise, la fourgonnette n'en n'est pas une. C'est une petite voiture « pourrie remplie de brol » que nous vidons rapidement pour installer les vélos à l'arrière de la Citroën Visa... Alain fanfaronne : la carte Joker s'est transformée en carte Visa !

Nous retrouvons rapidement sur le parcours nos amis de la veille ... qui ne comprennent rien. Les Belges les dépassent facilement en donnant un petit coup de sonnette. Dring dring, c'est bien nous. Mais comment ont-ils fait se disent-ils tous ?

Nous expliquons à un camarade de chambrée, un petit suisse, notre départ en voiture. Ce compagnon de route avait le matin été très surpris de voir que mes 2 liégeois gardaient leur slip sous le cuissard. Et ces derniers se demandaient pourquoi ils étaient irrités au postérieur. Heureusement que c'est un Suisse qui a vu cela, vous imaginez la nouvelle blague belge si Astérix l'avait découvert. Et dire qu'après 2 nuits passées avec eux je n'avais pas rien découvert !

Remercions aussi Astérix qui a donné à Alain son truc pour ne pas être gêné par la pluie : il suffit de s'enduire les jambes d'huile. La patron prêt à lui fournir de l'huile moteur, Alain se contente de l'huile fournie parcimonieusement par Astérix. Effectivement, la pluie ruisselle sur ses jambes luisantes.


Ceux qui ont fait l'ardéchoise savent que le 3ème jour, il suffit d'arriver au courage. Pour notre ami Christian ce sera le cas. La sortie du lac D'issarlès vers le col du Gerbier de Jonc est longue et pas répertoriée. Le froid est intense mais cette fois j'ai mis des couches ainsi que le Kway.

Au sommet du Gerbier, conciliabule pour savoir quoi faire car la faible moyenne m'inquiète pour le retour. Christian s'accroche et appuie sur les pédales sur un des rares moments plats du parcours. Il arrivera au terme des 360 km (et oui, avec les escapades vers des gîtes hors normes) heureux mais fatigué.

Durant la dernière journée, nous croisons quelques farfelus déguisés en Gaulois du célèbre village d'irréductibles : Astérix, Obélix, Mimine et Falbala à vélo, c'est autre chose que les camarades d'Aurore Cyclo. Incroyables, ils feront 80 km sur des vélos improbables, Obelix roulant même sur un mini-vélo ! Nous faisons aussi connaissance avec un Lyonnais qui avait acheté une semaine avant un vélo de ville. Lui aussi s'est embarqué sur le « petit » parcours et nous faisons ensemble une partie du dernier long col de Clavière (17 km), col qui ne me réussit pas beaucoup comme il y a 2 ans.

Heureusement les ravito du samedi sont nombreux et copieux avec les fromages et saucissons locaux. Tout un programme surtout avec la musique.

Dans le village de Rochepaule, je me fais accoster par une belle ardéchoise affichant de nombreux printemps à son compteur. Au son de la fanfare, la jolie costumée locale m'emmène dans un tango renversant. Alain m'a expliqué que la TV FR3 locale avait filmé ce grand moment mais je n'en ai trouvé aucune trace sur leur site internet. Dommage, cette ardéchoise venait de Cambrai et ensemble nous étions prêts de faire de nombreuses bêtises ensemble.

Il est temps de remonter sur le vélo pour les dernières descentes et le dernier col, le Buisson avec ses passages à 10% sur 1 km et à 15% sur quelques centaines de mètres interminables. Avec Alain nous arrivons au coude à coude, dans un duel fratricide, ensemble au sommet, contents d'avoir fait un si long chemin sans aucun pépin mécanique. Surprise, Christian nous a rattrapé dans la dernière ascension, content mais fatigué de sa première expérience en moyenne montagne.

Arrivé au dernier km, nous rencontrons notre Lyonnais effondré sur le bas-côté, victime de la célèbre double crampe (jambe gauche et jambe droite, à hauteur du mollet et du quadriceps). Incapable de déclipser, il s'est simplement écroulé dans l'herbe. Comme d'habitude, Touring-Secours s'arrête et lui offre une barre énergétique pour finir le parcours. Aurore Cyclo a une fois de plus fait fort sur l'Ardéchoise !

Cette belle aventure humaine s'est terminée le samedi 19 juin dans un gîte remarquable où nous attendait notre hôte le très sportif  Jacky (http://entreeauetvin.com.) Ne manquez pas de vous y arrêtez quand vous descendez vers le sud, à proximité de la sortie d'autoroute d'Ampuis. L'arrêt vaut la peine et le prix est très démocratique (60€ la chambre de trois et 15 € pour le repas/petit déjeuner).


En conclusion et si vous êtes relativement bien préparés (au min 1000 km au compteur et quelques bouteilles descendues), il est possible de faire l'ardéchoise autrement qu'à l'eau claire. Car une fois de plus, c'est à la tête que nous avons eu mal ... chaque lendemain de la veille.


Merci encore à nos femmes pour ce bon moment.



Les liégeois de chez Aurore, Alain, Christian et Benoît.